« Fêtes royales à Westminster », avril 2012

mercredi 9 mai 2012
par  JMG
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Handel, Purcell, Parry, Elgar, Vaughan-Williams, Harris, Walton, Mealor










Ensemble Vocal de Pontoise,
Orchestre Col’legno de Compiègne,
Kaoli Isshiki, soprano et Sarah Kim, orgue,
direction Alain Rémy et Graham O’Reilly


 Fêtes royales à Westminster


Ce programme éclectique présente la musique jouée à l’Abbaye de Westminster lors des grandes cérémonies d’état — les couronnements et les mariages — depuis le XVllème siècle jusqu’à nos jours. La plus ancienne est Praise the Lord O Jerusalem, composée par Henry Purcell pour le double couronnement du roi William III et de la reine Mary en 1688. Ce morceau suit la manière habituelle de Purcell d’alterner les passages pour cordes avec des passages pour chœur tutti tantôt solennels tantôt joyeux, comme il sied à toute musique de couronnement. Les musiciens étaient sans doute installés sur des estrades construites pour l’occasion, comme illustré ci-dessous (clic).



Couronnement de James Il, en 1685. Dans la galerie spécialement conçue, à gauche, on voit les chanteurs et un chef de chœur légèrement paniqué, qui essaie de communiquer, par dessus la tête du roi, aux musiciens en face de lui.

Source Image



Le couronnement du roi George II en 1727 fut encore plus grandiose, avec un orchestre plus important et de nouveaux textes confiés à George Frideric Handel, naturalisé quelques semaines auparavant. Les deux premiers, Zadok the Priest, et Let thy hand be strengthened ouvrent notre concert aujourd’hui. Ils ont fait bel effet, et il y avait tant de gens pour assister aux répétitions publiques que les organisateurs devaient garder l’heure secrète « de crainte que la foule ne gêne les musiciens ». Les listes montrent qu’il y avait un grand nombre de musiciens : “environ 40 voix, et 160 Violons [cordes], Trompettes, Hautbois, Timbales et Basses en proportion en plus d’un orgue, érigé [pour l’occasion] derrière l’Autel”. Malgré des répétitions réussies, la cérémonie se serait moins bien déroulée — selon l’Archevêque de Canterbury -, Zadok the Priest fut chanté au mauvais moment, et une autre pièce fut carrément omise. Depuis cette date cependant, Zadok est devenu incontournable, chanté à chaque couronnement.

Une autre pièce incontournable depuis le début du XXe siècle est I was glad de Sir Charles Hubert Hastings Parry. Composé pour le couronnement du roi Edouard VII en 1902, les «  Vivats », cris d’acclamation, furent son innovation. La tradition veut que les garçons de l’École de Westminster (qui se trouve sur les terres de l’Abbaye) aient le privilège de crier ces mots avant le reste de l’assistance, et Parry a décidé de les incorporer au morceau. Nous pouvons donc calculer le temps qu’il fallait à Edward et la Reine, Alexandra, pour se diriger de la porte ouest de ‘Abbaye jusqu’au transept (environ trois minutes et demie), car c’était à ce moment-là, après le début de l’hymne mené par une fanfare de cuivres, qu’ils ont crié Vivat Regina Alexandra et Vivat Rex Edwardus. Ces acclamations furent ensuite reprises par un grand orchestre et un choeur d’environ 300 chanteurs.

Parry a apporté de nombreuses modifications pour la reprise en 1911 pour le couronnement de George V et de la Reine Mary, y compris l’adaptation des Vivats en Maria et Georgius. Aujourd’hui nous reprenons la version de 1937, pour la Reine (« Elizabetha », prononcé à l’anglaise) et le Roi George VI, les parents de la Reine Elizabeth lI. Ce soir, sans doute, on entend ces paroles pour la première fois depuis cette occasion.

Il est intéressant de noter que :

  • en Grande Bretagne les couronnements étaient toujours doubles, car on couronnait et le roi et la reine, mais le dernier, pour la reine Elizabeth, fut simple — elle est Reine, mais le Duc d’Edimbourg n’est pas roi — l’égalité des sexes n’est pas encore arrivée dans la monarchie britannique,

et

  • I was glad fut chanté l’année dernière pour le mariage du Prince William avec Catherine Middleton uniquement parce qu’ils en aiment la musique, et puisqu’il s’agissait d’un mariage et non pas d’un couronnement, les Vivats n’ont pas été chantés. La tradition fut lancée par le père de William, le Prince Charles, pour son mariage avec Diana Spencer en 1981.

En général il suffit d’aimer une pièce pour qu’elle soit jouée lors des mariages et, de plus en plus souvent, les couronnements. Pour le couronnement d’Elizabeth Il en 1953, presque tous les compositeurs en activité en Angleterre ont écrit quelque chose, et nous avons inclus Let my prayer come up de William H. Harns, sur un texte qui fait partie de chaque cérémonie de Couronnement depuis 1660, et qui précède la lecture de l’Evangile. Il suivait I was glad, et précédait Zadok the Priest. Harris avait un lien privilégié avec ce couronnement, car l’une de ses responsabilités en tant que maître de chapelle au Château de Windsor fut d’enseigner le piano durant son enfance à la future reine.

Son ambiance contemplative n’est pas sans évoquer la plus récente des musiques de circonstance royale, Ubi caritas de Paul Mealor, entendu pour la première fois au mariage de William et Kate il y a un an jour pour jour. C’est, sans doute à cause du délai très court, une adaptation d’une œuvre précédente, Now sleeps the crirnson petal. On ne peut pas tous être comme Mozart et gribouiller une ouverture dans l’espace d’une après-midi. L’œuvre utilise des groupes de sons pour les mettre en valeur dans une grande acoustique comme l’Abbaye de Westminster, ce qui fait qu’elle est difficile à chanter, mais facile à écouter.

La musique était plus traditionnelle au mariage du Prince Charles en 1981, où Kiri te Kanawa, vêtue d’une robe et d’un des chapeaux les plus extravagants jamais vus en dehors des courses hippiques du Royal Ascot, a chanté un des arias de Handel pour soprane les plus connus, Let the bright seraphim de l’oratorio Samson, un solo extraverti avec trompette obbligato. A cette occasion, comme aujourd’hui, il était suivi du chœur Let their celestial concerts all unite.

Avant et après les couronnements et les mariages il y a toujours un long moment de musique pour orchestre et pour orgue afin de faire patienter l’assistance, obligée de s’installer à sa place des heures avant la cérémonie, et aussi d’y rester bien après la fin. Notre petite sélection comprend des pièces pour orchestre de Handel — une marche extraite de The Occasional Oratorio, jouée avant le couronnement de George VI en 1937 — et la Serenade for Strings d’Elgar, jouée à presque tous les événements royaux à un moment ou un autre, récemment après le mariage de William et Kate, ainsi qu’aux deux mariages du Prince Charles, avec Diana Spencer et avec Camilla Parker-Bowles. On dit qu’elle était l’œuvre préférée du compositeur.

La musique pour orgue est de Jean-Sébastien Bach, Fugue alla Giga, jouée en 1947 avant le mariage de la Reine Elizabeth alors encore princesse, de Ralph Vaughan-Williams — le prélude choral sur l’air gallois Rhosymedre, joué plus récemment au mariage de William et Kate, et un arrangement pour orgue de la March Crown lmperial de William Walton, composée pour le couronnement du roi George VI en 1937, et jouée de nouveau, avec quelques révisions, pour celui de la reine Elizabeth en 1953, et qui a également servi pour la "sortie triomphale" de William et Kate. Dans cette œuvre, ainsi que dans d’autres, telle que Orb and Sceptre (composée pour Elizabeth) et la Spitfire March, Walton a redéfini la forme de la marche orchestrale, et depuis cette époque, les compositeurs de musique de films les plagient sans cesse.

Graham O’Reilly







 Le Couronnement de la reine Elizabeth II en 1953

Le Couronnement de la reine Elizabeth II en 1953 fut extrêmement important pour les Anglais qui s ‘efforçaient de surmonter les privations causées par la Seconde Guerre Mondiale, efforts qui avaient commencé par le Festival of Britain en 1951. On dépensait sans compter. Il y avait 20 millions de téléspectateurs de par le monde, et pour beaucoup d ‘entre eux, ce fut leur toute première émission télévisée. L ‘orchestre comprenait les meilleurs musiciens du pays, et le chœur comptait les meilleurs chanteurs. Voici le témoignage de Robert Meyer, contrebassiste, qui y a participé.

"Un jour vers le début de 1953 j’ai reçu une lettre importante. En haut de l’enveloppe était inscrit le blason royal et en dessous « Buckingham Palace ». Cette enveloppe contenait une directive du Duc de Norfolk, Earl Marshal, responsable du couronnement de la Reine qui allait avoir lieu dans l’Abbaye de Westminster le 2 juin 1953. La consigne précisait que Sa Majesté la Reine Elizabeth II m’ordonnait de jouer dans l’orchestre du Couronnement. Tenue exigée queue de pie, médailles et gants blancs, et je devais assister à toutes les répétitions à l’heure précise.

J’étais ravi d’avoir reçu l’ordre de jouer car cela me faisait du cachet dans le monde musical et aussi, je serais reconnu comme l’un des meilleurs contrebassistes en Grande Bretagne. Tous les musiciens dans l’orchestre du Couronnement devaient être ou avoir été un chef de pupitre ou, pour les cordes, le premier violon d’un quatuor à cordes célèbre. Le pupitre des premiers violons contenait chaque premier violon de toutes les Iles Britanniques et leur chef était Paul Beard, premier violon de l’Orchestre Symphonique de la BBC.

De la même manière, le chœur comprenait tous les chanteurs célèbres dans le pays — toutes les divas de Cavent Garden et d’ailleurs y étaient, et ne se souciaient pas le moindre d’où on leur disait de s’asseoir.

L’orchestre fut placé dans le Rood Loft, une sorte de galerie près du Trône, et nous avions donc une vue plongeante sur toute la cérémonie. C’était la meilleure place dans l’église. On était un peu à l’étroit, et Sir Adrian Boult, le chef d’orchestre, aurait pu passer un peu plus de temps à mieux placer les musiciens. Quand Harold Jackson, première trompette, s’est plaint du manque de place auprès de Sir Adrian, la réponse glaciale fut : « ii n’y a pas de place non plus pour les autres ». La concurrence fut rude pour le poste de chef d’orchestre, mais je suis certain que Sir Adrian, en Quaker ardent, n’a jamais recherché le poste, mais je sais que Sir Malcolm Sargent essayait de faire jouer le piston pour décrocher le poste. Je dois dire que, même si j’admire Sir Adrian, si Sargent avait dirigé l’orchestre, ç’aurait été bien mieux.

Là encore, nous devions être en position à 6 heures du matin et y rester jusqu’à 15 heures. La question inéluctable fut posée : que ferait-on pour les toilettes. On a consulté Monsieur le Comte Marshal lui-même, s’il vous plaît, et après un moment de réflexion sur les problématiques de l’anatomie humaine, il a pris la décision solennelle que les hommes devraient venir munis de bouillottes et les femmes d’éponges. Il a même émis une consigne écrite sur le papier en-tête du Palais à cet effet. Vive la différence

J’ai demandé à Marie Wilson. une « vieille de la vieille », violoniste hors pair et ancienne premier violon de l’orchestre symphonique de la BBC si elle allait apporter une éponge et elle a répondu : - Non Bob, je ne vais rien boire auparavant, et je vais prendre mes précautions aussi.

Au sujet des toilettes, ma femme était très curieuse de savoir comment étaient celles de la reine, construites spécialement pour l’occasion. Pendant une pause dans une répétition, j’ai pu y jeter un coup d’œil rapide ; il n’y avait rien de spécial, tout était blanc.

Un jour, Bons Ord, chef de chœur à Kings College, Cambridge, ne s’est pas présenté à la répétition, et le lendemain on lui a refusé l’entrée.

Le Grand Jour arrive et Eugene Cruft, premier bassiste, avait réussi à se procurer une entrée pour sa femme. Il m’a demandé d’aller les chercher en voiture, mais il insistait pour que j’étale un drap sur le siège arrière de ma voiture, car Mme C. serait toute de blanc vêtue.

Je suis arrivé chez les Cruft vers 5h30 du matin et j’ai pris Eugene, resplendissant avec ses nombreuses médailles et Mme C., très élégante en robe blanche et portant une tiare ornée d’une grande plume boa. Eugene avait réussi à me procurer un laissez-passer pour ma voiture et j’ai eu la grande joie de passer devant tout le monde avec beaucoup de révérences respectueuses de la police. J’avais l’impression d’être un contrebassiste de très grande importance.

Nous sommes arrivés à l’Abbaye de Westminster, et pour l’entrée des dignitaires nous avons joué un air spécial. Je ne sais pas si c’était à l’attention de la Reine de Tonga, de l’Ooni d’lfe ou du Shah de Perse, mais le morceau a commencé par un pizzicato magnifique des contrebasses. Eugene, avec une grande assurance, ou comme on dit dans le métier, « pour nourrir les pigeons », a joué un pizzicato ostentatoire, mais malheureusement une de ses médailles s’est prise dans une corde. Alors, avec une nonchalance irréprochable, il a récupéré la médaille et a continué à jouer comme si de rien n’était.

Il faisait un temps exécrable, mais juste au moment où l’on plaçait la couronne sur la tête de la reine et qu’un chœur de garçons chantait « Vivat, Vivat », un rayon de soleil a transpercé les vitraux de l’abbaye, ce que je prenais pour un bon présage pour le futur règne de Sa Majesté.

Deux hommes âgés, tous deux Docteurs en Musique, organistes et chefs de chœur dans de grandes cathédrales, avaient pour mission de lever un carton indiquant le numéro du morceau que nous devions jouer. A la fin de la cérémonie, alors que l’assistance Sortait en file, les vieux numérologues ont levé leurs cartons, mais malheureusement les numéros étaient différents. Le morceau devait être une des marches de Pompe et Circonstance d’Elgar, en l’occurrence Land of Hope and Glory et les musiciens, y compris Boult, furent complètement déroutés, mais Paul Beard, le premier violon avec une grande expérience, a sauvé la mise en jouant la mélodie fortissimo.

Après, on était invités à une réception (payante pour nous !) et je me suis trouvé pris en sandwich entre Paul Beard et Joe Shadwick, premier violon de l’Opéra de Covent Garden, à savourer des amuse-gueule délicieux et un verre ou deux de champagne, entouré par la noblesse, comtes, ducs et chevaliers qui étaient très nombreux ce jour-là et qui nous ont salué avec condescendance.

J’aurais dû rentrer chez moi et emmener ma femme au restaurant pour fêter l’occasion, mais puisque j’étais musicien freelance, avec une femme, deux enfants et un prêt immobilier, j’avais prévu une émission à la BBC dans la soirée.

Même si notre prestation n’était pas rémunérée, ce fut un des meilleurs concerts que j’aie jamais fait car nous avons reçu des cachets pour la diffusion à la télévision de partout dans le monde. J’ai reçu la médaille du Couronnement des mains de Sa Majesté la Reine, l’organiste de l’Abbaye de Westminster a été fait chevalier et Eugene Cruft fut nommé Membre de l’Ordre royal de Victoria, Quatrième Classe."

Robert Meyer


 L’affiche

Création JP



 Le programme

George Frideric Handel (1685-1759) :
1- Zadok the Priest, Coronation anthem 1

George Frideric Handel : Coronation anthem 2
2- Let Thy hand be strengthened, Coronation anthem 2

Edward Elgar (1857-1934) :
3- Serenade for strings

Johann-Sebastian Bach (1685-1750) :
4. Fugue « alla giga » BWV 577

George Frideric Handel :
5. Marche, extrait de « The Occasional Oratorio »

George Frideric Handel :
6. Let the bright seraphim, let their celestial concerts all unite (Samson)

Ralph Vaughan-Williams (1872-1958) :
7. Prelude sur « Rhosymedre »

William H. Harris (1883-1973) :
8. Let my pray’r come up

Paul Mealor (né 1975) :
9. Ubi caritas

Henry Purcell (ca 1659-1695) :
10. Praise the Lord, O Jerusalem

William Walton (1902-1983) :
11. Marche « Crown Imperial » arr. pour orgue Herbert Murril

C. Hubert H. Parry (1848-1918) :
12. I was glad



 Les Photos


  • Photos Bastien



  • Photos Michel D



  • Photos JM



  • Photos Hervé et Franck et...



 La pochette du CD

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Portfolio

Dos boîte Rondelle Face avant

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